Époque contemporaine · 1808–1826

Indépendances hispano-américaines

De 1808 à 1826, la plupart des colonies espagnoles du continent américain se libèrent de la tutelle de Madrid. Le déclencheur est l'invasion de l'Espagne par Napoléon, qui affaiblit la monarchie et ouvre une crise politique. Simón Bolívar au nord et José de San Martín au sud mènent les armées indépendantistes jusqu'à la victoire d'Ayacucho, en 1824. Les dernières forces espagnoles, retranchées à Callao, près de Lima, capitulent en 1826.

Lecture : environ 4 min

Période
1808–1826
Type de conflit
Guerre d'indépendance
Pays concernés (aujourd'hui)
Venezuela, Colombie, Argentine, Chili, Pérou, Mexique
Camps en présence
Insurgés créoles et leurs armées : Bolívar au nord, San Martín au sudcontreMonarchie espagnole et armées royalistes, fidèles à Madrid
Issue
Victoire des indépendantistes : la plupart des colonies espagnoles d'Amérique deviennent des États indépendants, sauf Cuba et Porto Rico.

Les causes

En 1808, Napoléon place son frère Joseph sur le trône d'Espagne après avoir obtenu l'abdication de Ferdinand VII à Bayonne : c'est le contexte déclencheur. Dans les colonies, les créoles, descendants d'Espagnols nés en Amérique, supportent mal de n'occuper qu'une place secondaire face aux fonctionnaires venus d'Espagne, et le contrôle du commerce par Madrid. Les idées des Lumières et l'exemple des révolutions américaine et française nourrissent aussi le désir d'autonomie. Quand la monarchie espagnole vacille, des juntes se forment au nom de Ferdinand VII.

Les réformes des Bourbons, à partir du XVIIIe siècle, ont renforcé le contrôle de Madrid sur les colonies : impôts accrus, administrateurs envoyés d'Europe et créoles écartés des postes les plus élevés. En 1780-1781, la révolte de Tupac Amaru II, au Pérou, montre la fragilité de cet ordre, et la révolution de Saint-Domingue, de 1791 à 1804, inquiète les élites blanches. En 1806 et 1807, des troupes britanniques tentent de s'emparer de Buenos Aires, mais des milices levées localement les repoussent, ce qui renforce la confiance des créoles dans leur propre force. Lorsque la monarchie espagnole s'effondre sous l'occupation napoléonienne, ces tensions accumulées trouvent un terrain propice à la rupture.

Le déroulement

Dès 1810, des juntes se forment à Caracas, à Buenos Aires et à Santiago, d'abord au nom de Ferdinand VII. Au Mexique, le prêtre Miguel Hidalgo lance en 1810 un soulèvement populaire, et la lutte s'y prolonge jusqu'en 1821, après son exécution en 1811. En Amérique du Sud, Simón Bolívar, né à Caracas, mène la guerre dans le nord : après sa victoire de Boyacá, en 1819, il libère la Nouvelle-Grenade.

José de San Martín, né en Argentine, franchit les Andes en 1817 avec l'armée des Andes et bat les royalistes à Chacabuco, puis à Maipú en 1818, ce qui assure l'indépendance du Chili. En 1821, il proclame l'indépendance du Pérou à Lima. Les dernières grandes batailles ont lieu dans les Andes péruviennes : à Ayacucho, en 1824, l'armée de Bolívar, conduite par Antonio José de Sucre, bat les forces espagnoles. Les dernières forces royalistes se rendent à Callao en 1826.

Au Mexique, la lutte se poursuit après l'exécution d'Hidalgo avec José María Morelos, prêtre comme lui, qui fait proclamer l'indépendance par un congrès insurgé à Chilpancingo en 1813, avant d'être capturé et exécuté en 1815. Au Venezuela, Bolívar lance en 1813 une « guerre à mort » contre les royalistes, puis une campagne rapide vers Caracas. En 1821, l'ancien officier royaliste Agustín de Iturbide, passé dans le camp indépendantiste, proclame le plan d'Iguala, qui met fin à la domination espagnole au Mexique par un compromis entre élites.

En 1819, le congrès d'Angostura, sur l'Orénoque, pose les bases de la Grande Colombie, formalisée en 1821 par le congrès de Cúcuta. En 1822, à Guayaquil, San Martín rencontre Bolívar, puis se retire, laissant à celui-ci la conduite de la guerre au Pérou. San Martín, de son côté, s'exile en Europe et meurt en 1850 à Boulogne-sur-Mer. Bolívar remporte la bataille de Junín en août 1824, puis confie à Sucre la victoire d'Ayacucho, qui ferme la phase décisive de la guerre sur le continent.

En Espagne, la Constitution de Cadix de 1812 instaure un régime libéral, mais Ferdinand VII la supprime à son retour sur le trône, en 1814. En 1820, les troupes rassemblées à Cadix pour partir reconquérir l'Amérique se soulèvent sous les ordres de Rafael del Riego, et le roi doit rétablir la Constitution. Pendant ce temps, les négociants britanniques trouvent de nouveaux débouchés dans les ports américains. Ces divisions politiques affaiblissent durablement l'effort militaire espagnol outre-mer, qui manque de renforts et de moyens financiers.

Les conséquences

L'Espagne perd presque tout son empire américain et ne garde que Cuba et Porto Rico. Les nouveaux États, souvent divisés, connaissent des guerres civiles et une longue instabilité, sous l'autorité de chefs militaires, les caudillos. La Grande Colombie créée par Bolívar se disloque en 1830. Les élites créoles restent au pouvoir, tandis que les populations indigènes, métisses et afro-descendantes restent largement exclues de la vie politique. En 1823, les États-Unis affirment la doctrine Monroe, qui s'oppose à toute nouvelle colonisation européenne sur le continent.

Les historiens débattent de la nature de ces événements : révolution d'émancipation, guerre civile entre Espagnols nés en Europe et créoles, ou conflit où les indigènes et les esclaves, enrôlés par les deux camps, ont défendu leurs propres intérêts. Dans plusieurs États, des lois d'émancipation progressive sont votées, comme la loi colombienne de 1821, qui libère les enfants nés d'esclaves à partir de cette date, tandis que le Mexique abolit l'esclavage en 1829. Bolívar devient une figure mythique, le « Libertador », dont les successeurs revendiquent l'héritage, alors que les États nés de l'indépendance restent souvent instables.

Frise chronologique

  1. 1810Premiers soulèvements et juntes en Amérique espagnole
  2. 1817San Martín franchit les Andes avec l'armée des Andes
  3. 1819Bataille de Boyacá, victoire de Bolívar
  4. 1824Bataille d'Ayacucho, dernière grande bataille ; fin de la domination espagnole en Amérique du Sud continentale
  5. 1826Reddition des dernières forces espagnoles, à Callao

Personnages clés

  • Simón Bolívar, chef militaire né à Caracas, qui libère la Nouvelle-Grenade et le Venezuela
  • José de San Martín, chef militaire argentin, qui libère le Chili et proclame l'indépendance du Pérou
  • Miguel Hidalgo, prêtre mexicain, qui lance le soulèvement de 1810
  • Ferdinand VII, roi d'Espagne dont l'absence sert de prétexte aux juntes, prisonnier de Napoléon

Testez-vous en 3 questions

Question 1 sur 3

Quel événement européen déclenche la crise des colonies espagnoles en 1808 ?

Questions fréquentes

Pourquoi ne parle-t-on pas d'une seule guerre d'indépendance ?

Chaque territoire mène sa propre lutte, avec ses chefs, ses dates et ses alliances. Au Mexique, au Venezuela, en Nouvelle-Grenade, au Chili, au Pérou ou dans le Río de la Plata, les combats suivent des rythmes différents. Les armées se rejoignent surtout dans les années 1820, autour de Bolívar et de San Martín.

Pourquoi Bolívar et San Martín sont-ils si célèbres ?

Ils commandent les armées qui libèrent une grande partie du continent. Bolívar est surnommé le Libertador, et son nom reste associé à plusieurs pays, dont la Bolivie.