Époque moderne · 1562–1598
Guerres de religion en France
De 1562 à 1598, le royaume de France connaît une série de guerres civiles entre catholiques et protestants, appelés huguenots. Le massacre de Wassy, en 1562, ouvre le conflit, et la Saint-Barthélemy, en 1572, marque profondément les esprits. Après l'assassinat d'Henri III en 1589, Henri de Navarre, chef du parti protestant, devient roi ; il se convertit au catholicisme en 1593 et entre dans Paris en 1594. L'édit de Nantes, signé en 1598, accorde aux protestants une tolérance encadrée.
- Période
- 1562–1598
- Type de conflit
- Guerre de religion
- Pays concernés (aujourd'hui)
- France
- Camps en présence
- Catholiques : rois Valois, puis Ligue catholique, soutenue par l'EspagnecontreProtestants, ou huguenots, menés par les Bourbon-Condé, avec des soutiens venus d'Allemagne et d'Angleterre
- Issue
- Compromis : l'édit de Nantes accorde aux protestants la liberté de conscience et un culte encadré, sans unifier la foi du royaume.
Les causes
La Réforme protestante, lancée par Luther en Allemagne en 1517, gagne la France grâce aux écrits de Calvin, notamment à partir des années 1530. Des nobles, des bourgeois et des artisans des villes adhèrent à la nouvelle foi, dont les membres sont appelés huguenots. La monarchie et les autorités catholiques y voient une menace pour l'unité du royaume, et les procès contre les protestants se multiplient. La mort accidentelle d'Henri II en 1559 laisse le pouvoir à des rois jeunes et à la régence de Catherine de Médicis, qui ne parvient pas à contrôler les grandes familles : les Guise, chefs du camp catholique, et les Bourbon-Condé, chefs du camp protestant, s'affrontent pour l'influence à la cour.
Les racines du conflit tiennent aussi à la politique religieuse des rois. Le concordat de Bologne, signé en 1516, donne au roi le droit de nommer les évêques et les abbés, ce qui fait de l'Église de France une institution proche de la couronne. Sous Henri II, l'édit de Châteaubriant, en 1551, durcit la répression contre les hérétiques. Calvin publie en 1536 l'Institution de la religion chrétienne, qui donne à la foi réformée une doctrine structurée, et la première église réformée de Paris se réunit en 1555. Ces progrès inquiètent d'autant plus que les protestants trouvent des appuis dans une partie de la noblesse, qui y voit un moyen de contester l'influence des Guise.
Le déroulement
En mars 1562, à Wassy, des hommes du duc de Guise attaquent des protestants réunis pour le culte dans une grange, et font de nombreux morts : c'est le massacre de Wassy, qui déclenche la première guerre de religion. Les affrontements alternent avec des trêves et des édits de pacification. En août 1572, le mariage du protestant Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX, réunit à Paris de nombreux nobles protestants. Le 24 août 1572, la Saint-Barthélemy commence à Paris : des catholiques massacrent des protestants, et les violences s'étendent à d'autres villes pendant plusieurs semaines, faisant plusieurs milliers de victimes.
Les guerres reprennent par intermittence jusqu'à la fin du siècle. En 1589, Henri III est assassiné par un moine dominicain, Jacques Clément. Henri de Navarre devient Henri IV, mais la Ligue catholique, soutenue par l'Espagne, refuse de le reconnaître et contrôle Paris. Henri IV se convertit au catholicisme en 1593, puis entre dans Paris en 1594. Il signe l'édit de Nantes en 1598 : les protestants obtiennent la liberté de conscience, un culte autorisé en certains lieux et des places de sûreté, accordées pour huit ans.
Dès 1560, la conjuration d'Amboise, menée par des nobles protestants contre les Guise, échoue. En décembre 1562, la bataille de Dreux oppose les armées catholiques et protestantes, et le connétable Anne de Montmorency est fait prisonnier. L'édit d'Amboise, signé en mars 1563, accorde aux protestants une liberté de culte limitée. En 1569, la bataille de Jarnac voit la mort du prince de Condé, chef du parti protestant, avant que la paix de Saint-Germain, en 1570, ne leur garantisse de nouvelles places de sûreté.
Après la Saint-Barthélemy, la guerre reprend. La « guerre des amoureux », en 1580, se conclut par l'édit de Fleix, et le traité de Nemours, signé en 1585, révoque les édits de tolérance. La Ligue catholique, fondée en 1576 autour des Guise, multiplie les appuis à Paris. Le 12 mai 1588, la journée des Barricades oblige le roi Henri III à quitter la capitale, et, en décembre, il fait assassiner le duc de Guise à Blois. Cette décision aggrave la rupture entre le roi et la Ligue.
L'édit de Nantes est complété par des articles secrets, qui financent l'entretien des garnisons protestantes, et par la création de chambres de l'édit dans les parlements, chargées de juger les litiges entre catholiques et protestants. La paix de Vervins, signée avec l'Espagne en mai 1598, met fin à la guerre extérieure et permet à Henri IV de réorganiser le royaume. Il se heurte à des résistances venues de la Ligue comme d'une partie des protestants, mais il restaure l'autorité royale, notamment grâce à Sully, chargé des finances.
Les conséquences
L'édit de Nantes met fin aux guerres de religion, mais la France reste divisée sur la foi. Il reconnaît la coexistence officielle de deux religions dans le royaume, ce qui reste rare en Europe à cette époque. Louis XIV révoque l'édit en 1685, par l'édit de Fontainebleau, et de nombreux protestants quittent le royaume pour l'exil.
L'édit de Nantes est souvent présenté comme une étape vers la tolérance, mais les historiens discutent de sa portée : pour certains, c'est une simple trêve entre deux communautés, pour d'autres un véritable compromis. En 1787, l'édit de tolérance de Louis XVI donne un état civil aux protestants, tandis que la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 affirme la liberté d'opinion, y compris religieuse. La mémoire du protestantisme français se nourrit longtemps de la période qui suit la révocation, appelée le « Désert ». Henri IV, devenu figure populaire, est associé à la paix religieuse dans l'imaginaire national.
Frise chronologique
- 1562Massacre de Wassy, début des guerres de religion
- 1572Massacre de la Saint-Barthélemy
- 1589Assassinat d'Henri III ; Henri de Navarre devient Henri IV
- 1594Henri IV entre dans Paris
- 1598Édit de Nantes : tolérance accordée aux protestants
Personnages clés
- Henri de Navarre, chef protestant, devenu Henri IV en 1589
- Catherine de Médicis, reine mère et régente pendant les premières guerres
- François de Guise, chef catholique dont les hommes attaquent Wassy
- Gaspard de Coligny, chef protestant, tué lors de la Saint-Barthélemy
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Question 1 sur 3
Quel massacre de 1572 vise les protestants à Paris, puis dans plusieurs villes ?
Questions fréquentes
Qui sont les huguenots ?
Les huguenots sont les protestants de France, adeptes de la Réforme inspirée par Calvin. L'origine exacte du mot est discutée par les historiens, mais il désigne bien une minorité religieuse, présente notamment dans les villes et dans la noblesse.
Pourquoi l'édit de Nantes est-il important ?
Il accorde aux protestants la liberté de conscience, un droit de culte en certains lieux et des places fortes de sûreté. Il ne fait pas de la tolérance un principe général, et il est révoqué en 1685, mais il reste une référence pour la liberté religieuse.