Époque contemporaine · 1996–2003
Guerres du Congo
De 1996 à 2003, l'ancien Zaïre, qui devient la République démocratique du Congo en 1997, est le théâtre de deux guerres qui impliquent de nombreux États voisins. La première renverse le président Mobutu Sese Seko, au pouvoir depuis 1965. La seconde oppose le régime de Laurent-Désiré Kabila à des rébellions soutenues par le Rwanda et l'Ouganda. Un gouvernement de transition est formé en 2003, mais l'est du pays reste instable.
- Période
- 1996–2003
- Type de conflit
- Guerre civile
- Pays concernés (aujourd'hui)
- Congo-Kinshasa, Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe
- Camps en présence
- Pouvoir congolais, d'abord Mobutu puis Laurent-Désiré Kabila, avec des alliés dont l'Angola, le Zimbabwe et la NamibiecontreRébellions armées, d'abord l'AFDL, puis le RCD et le MLC, soutenues par le Rwanda et l'Ouganda
- Issue
- Pas de vainqueur net : Mobutu est renversé, mais les violences se poursuivent à l'est du pays après l'accord de transition de 2003.
Les causes
Le génocide des Tutsi, perpétré au Rwanda en 1994, provoque un afflux de réfugiés, dont des responsables et des miliciens hutus, dans l'est du Zaïre. Le régime de Mobutu, affaibli et corrompu, tolère ces groupes armés près de la frontière rwandaise. Le Rwanda et l'Ouganda, inquiets pour leur sécurité, soutiennent alors une rébellion contre Mobutu. Le pays, riche en coltan, en or, en diamants et en cuivre, attire aussi les convoitises de pays voisins et d'entreprises étrangères.
L'ancien Congo belge devient indépendant en juin 1960, mais le pays est déstabilisé dès les premiers mois : la sécession du Katanga, riche en cuivre, et l'assassinat du Premier ministre Patrice Lumumba, en janvier 1961, illustrent la rivalité des grandes puissances pendant la guerre froide. En 1965, Joseph-Désiré Mobutu prend le pouvoir par un coup d'État, avec, selon les historiens, un appui américain et belge. Il gouverne ensuite par un régime de parti unique et de corruption généralisée, et le pays, renommé Zaïre en 1971, s'enfonce dans la crise économique. Les rébellions du Shaba, en 1977 et 1978, sont contenues avec l'aide extérieure de la France, de la Belgique et du Maroc.
Le déroulement
En octobre 1996, une rébellion, l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila et soutenue par le Rwanda et l'Ouganda, attaque le Zaïre depuis l'est. Elle progresse rapidement. Mobutu, malade, quitte le pays en mai 1997 et meurt quelques mois plus tard. Kabila prend le pouvoir et rebaptise le pays République démocratique du Congo. Il se brouille bientôt avec ses anciens alliés rwandais et ougandais, qui soutiennent en août 1998 de nouvelles rébellions.
La seconde guerre commence en 1998 et implique de nombreux pays voisins : l'Angola, le Zimbabwe et la Namibie soutiennent Kabila, tandis que le Rwanda et l'Ouganda appuient les rébellions. Le front se fige en 1999, et des accords de cessez-le-feu sont signés à Lusaka, sans que les combats cessent vraiment. En janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné par l'un de ses gardes du corps ; son fils Joseph lui succède. Un accord de paix signé à Pretoria fin 2002 prévoit un partage du pouvoir, et un gouvernement de transition est formé en juillet 2003, mettant fin officiellement à la guerre. Les violences se poursuivent toutefois à l'est du pays.
En octobre 1996, l'AFDL s'empare de camps de réfugiés hutus près de Goma et de Bukavu ; les réfugiés se dispersent vers l'intérieur du pays ou vers le Rwanda, et des enquêtes ultérieures documentent des massacres de civils pendant ces opérations. Les troupes de l'AFDL, appuyées par des soldats rwandais, avancent rapidement dans un pays dont l'armée régulière est très affaiblie. Au printemps 1997, la rébellion progresse vers Kisangani. En mai 1997, Mobutu quitte Kinshasa, et Laurent-Désiré Kabila entre dans la capitale sans combat majeur.
Dès août 1998, Kabila expulse les conseillers militaires rwandais et ougandais, et Kigali et Kampala soutiennent alors de nouvelles rébellions. Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) prend Goma et Bukavu, tandis que le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, appuyé par l'Ouganda, s'implante dans le nord-ouest. Des forces rwandaises et ougandaises s'affrontent elles-mêmes à Kisangani en 1999. En novembre 1999, le Conseil de sécurité crée la mission de l'ONU au Congo, la MONUC, dont le déploiement reste lent.
Dans l'Ituri, des affrontements entre les communautés hema et lendu, attisés par la présence des armées étrangères et les rivalités pour le contrôle des terres et des mines d'or, font de nombreuses victimes à partir de 1999. En juin 2003, une force européenne dirigée par la France, l'opération Artémis, est déployée à Bunia pour protéger la population civile. En 2004, la Cour pénale internationale ouvre une enquête sur les crimes commis en RDC. Le pays organise en 2006 ses premières élections multipartites depuis l'indépendance, qui portent Joseph Kabila à la présidence.
Les conséquences
Les deux guerres font un bilan humain très lourd, dont les estimations varient fortement selon les sources. Une part importante des morts résulte des maladies et de la faim plus que des combats directs, selon plusieurs enquêtes de mortalité. Des groupes armés continuent de sévir à l'est du pays, et l'exploitation illégale de ressources minières, documentée par des rapports de l'ONU, nourrit les conflits.
Des historiens parlent parfois de « guerre mondiale africaine » pour désigner l'enchevêtrement d'acteurs étatiques et de groupes armés dans ces conflits. Un rapport de l'ONU publié en 2010 recense de très nombreuses violations graves des droits humains commises entre 1993 et 2003 sur le territoire congolais. En 2012, la Cour pénale internationale condamne Thomas Lubanga, chef de milice en Ituri, premier verdict de cette juridiction. Depuis 2021, le M23 reprend les combats au Nord-Kivu, et la présence de nombreux groupes armés rend la paix difficile à consolider.
Frise chronologique
- 1996Une rébellion soutenue par le Rwanda et l'Ouganda attaque le Zaïre de Mobutu
- 1997Chute de Mobutu : Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir
- 1998Début de la seconde guerre, avec de nombreux pays voisins impliqués
- 2001Assassinat de Laurent-Désiré Kabila : Joseph Kabila lui succède
- 2003Gouvernement de transition : fin officielle de la seconde guerre
Personnages clés
- Mobutu Sese Seko, président du Zaïre de 1965 à 1997, renversé par la rébellion
- Laurent-Désiré Kabila, chef de l'AFDL, puis président de 1997 à 2001
- Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, qui lui succède à la présidence
- Paul Kagame, dirigeant rwandais, vice-président puis président, dont le pays appuie les rébellions
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Question 1 sur 3
Quel président du Zaïre est renversé en 1997 par la rébellion de l'AFDL ?
Questions fréquentes
Pourquoi le pays a-t-il changé de nom plusieurs fois ?
Le pays, qui était le Congo belge jusqu'en 1960, prend le nom de Zaïre en 1971, sous Mobutu. En 1997, Laurent-Désiré Kabila le rebaptise République démocratique du Congo, pour le distinguer de la République du Congo, voisine, dont la capitale est Brazzaville.
Pourquoi parle-t-on de deux guerres ?
La première guerre, de 1996 à 1997, renverse Mobutu. La seconde, de 1998 à 2003, oppose le nouveau pouvoir à des rébellions soutenues par plusieurs États voisins. Certains historiens considèrent cependant ces épisodes comme un seul conflit, marqué par des violences persistantes à l'est du pays.