Époque contemporaine · 1991–2001
Guerres de Yougoslavie
Entre 1991 et 2001, la Yougoslavie fédérale se disloque dans une suite de conflits : indépendance de la Slovénie et de la Croatie, guerre de Bosnie-Herzégovine, puis guerre du Kosovo. Les combats s'accompagnent de sièges, de déplacements massifs de population et du massacre de Srebrenica, qualifié de génocide par la justice internationale. Les accords de Dayton, signés en 1995, mettent fin à la guerre de Bosnie ; en 1999, l'OTAN intervient contre la Serbie au Kosovo. Slobodan Milošević est renversé en 2000.
- Période
- 1991–2001
- Type de conflit
- Guerre civile
- Pays concernés (aujourd'hui)
- Serbie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Slovénie, Monténégro, Macédoine du Nord
- Camps en présence
- Serbie de Slobodan Milošević, armée fédérale yougoslave au début des combats, et forces serbes de Bosnie et de CroatiecontreSlovénie, Croatie et Bosnie-Herzégovine, puis Armée de libération du Kosovo ; l'OTAN bombarde la Serbie en 1999
- Issue
- Éclatement de la Yougoslavie en plusieurs États. Les combats cessent après les accords de Dayton en Bosnie et l'intervention de l'OTAN au Kosovo, qui place ensuite ce territoire sous administration de l'ONU.
Les causes
La Yougoslavie est une fédération de six républiques, dont la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie, et de deux provinces autonomes rattachées à la Serbie, dont le Kosovo, à population très majoritairement albanaise. Après la mort de Tito en 1980, la crise économique et la montée des nationalismes attisent les tensions entre républiques et entre communautés. En 1991, la Slovénie et la Croatie proclament leur indépendance ; la Bosnie-Herzégovine suit en 1992, sans accord avec les Serbes de Bosnie, qui refusent de rester dans un État dominé par les autres communautés.
La Constitution de 1974 accorde une large autonomie aux républiques et aux provinces, et le Kosovo, peuplé très majoritairement d'Albanais, obtient un statut qui se rapproche de celui d'une république. En 1981, des manifestations d'étudiants albanais à Priština sont réprimées, et les tensions entre Serbes et Albanais s'accroissent. En 1986, un mémorandum de l'Académie serbe des sciences dénonce la situation des Serbes dans la fédération. En avril 1987, Slobodan Milošević, dirigeant du parti communiste serbe, prend la parole à Kosovo Polje et soutient les revendications des Serbes du Kosovo. En mars 1989, la Serbie réduit l'autonomie du Kosovo et de la Voïvodine.
Le déroulement
En Slovénie, l'armée fédérale se retire après une dizaine de jours de combats. En Croatie, les combats opposent forces croates et milices serbes soutenues par l'armée fédérale, jusqu'à un cessez-le-feu en 1992. La guerre gagne la Bosnie-Herzégovine la même année : les forces serbes de Bosnie, appuyées par l'armée fédérale puis par la Serbie, contrôlent une grande partie du territoire. Le siège de Sarajevo, mené par ces forces, dure près de quatre ans. Les Bosniaques, les Croates et les Serbes de Bosnie s'affrontent aussi, et les Croates et les Bosniaques se combattent en 1993.
En juillet 1995, les forces serbes de Bosnie prennent Srebrenica, zone que l'ONU a déclarée protégée, et massacrent un très grand nombre d'hommes et de garçons bosniaques. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, installé à La Haye, qualifie ce massacre de génocide. Les accords de Dayton, signés à Paris en décembre 1995, mettent fin à la guerre de Bosnie et partagent le pays entre la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine et la Republika Srpska. Au Kosovo, l'Armée de libération du Kosovo mène une insurrection à partir de 1998 ; la répression serbe provoque des déplacements massifs de population. En mars 1999, l'OTAN bombarde la Serbie pendant plus de deux mois, puis l'armée serbe se retire du Kosovo, qui passe sous administration de l'ONU. En octobre 2000, Slobodan Milošević est renversé à Belgrade après une élection contestée.
En Croatie, la guerre prend une ampleur particulière : à l'été 1991, l'armée fédérale et les forces serbes assiègent Vukovar, qui tombe en novembre après de lourdes destructions, et Dubrovnik subit un siège de plusieurs mois. L'accord de Brioni, signé en juillet 1991, suspend pour trois mois l'application des indépendances slovène et croate, sans empêcher les combats. En septembre, le Conseil de sécurité de l'ONU impose un embargo sur les armes à l'ensemble de la Yougoslavie. En janvier 1992, un plan de l'ONU prévoit un cessez-le-feu et le déploiement de forces de protection.
En Bosnie-Herzégovine, un référendum d'indépendance, boycotté par une grande partie de la population serbe, a lieu en février et mars 1992. Des camps de détention, où sont enfermés des civils bosniaques et croates, fonctionnent en 1992 dans des localités comme Omarska et Trnopolje, sous contrôle serbe. Les violences contre les civils se généralisent, notamment dans l'est du pays. En novembre 1993, le vieux pont de Mostar, symbole de la ville, est détruit par l'artillerie des forces croates pendant la guerre entre Croates et Bosniaques.
Au Kosovo, les négociations de Rambouillet, en février et mars 1999, échouent, et l'OTAN lance ses frappes le 24 mars sans mandat explicite du Conseil de sécurité. Une frappe de l'alliance touche par erreur l'ambassade de Chine à Belgrade en mai 1999. Une résolution du Conseil de sécurité adoptée en juin 1999 place le Kosovo sous administration intérimaire de l'ONU, avec une force internationale de maintien de la paix. Slobodan Milošević, transféré à La Haye en 2001, meurt en détention en 2006, avant la fin de son procès devant le Tribunal pénal international.
Les conséquences
L'ancienne Yougoslavie disparaît et plusieurs États lui succèdent : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine du Nord et Kosovo, dont l'indépendance, proclamée en 2008, n'est pas reconnue par tous les États. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, qui juge des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, ferme en 2017. Les déplacements de population et les blessures de la guerre pèsent durablement sur la région, et les débats sur les responsabilités restent vifs.
Les guerres ont laissé des traces durables : les familles des disparus, les réfugiés et les procès pour crimes de guerre continuent de peser sur la région. La Slovénie et la Croatie rejoignent l'Union européenne, en 2004 pour la première et en 2013 pour la seconde. En 2007, la Cour internationale de justice conclut que la Serbie a manqué à son obligation de prévenir le génocide de Srebrenica, sans lui imputer le crime lui-même. Chaque 11 juillet, les familles des victimes commémorent ce massacre, tandis que les manuels scolaires restent un enjeu de désaccord entre les communautés.
Frise chronologique
- 1991La Slovénie et la Croatie proclament leur indépendance
- 1992Début de la guerre de Bosnie-Herzégovine et siège de Sarajevo
- 1995Massacre de Srebrenica, qualifié de génocide par la justice internationale
- 1995Accords de Dayton : fin de la guerre de Bosnie
- 1999Intervention aérienne de l'OTAN dans la guerre du Kosovo
- 2000Chute de Slobodan Milošević à Belgrade
Personnages clés
- Slobodan Milošević, président de la Serbie, puis de la République fédérale de Yougoslavie
- Franjo Tuđman, président de la Croatie, dont l'indépendance est proclamée en 1991
- Alija Izetbegović, président de la présidence de Bosnie-Herzégovine pendant la guerre
- Radovan Karadžić, dirigeant politique des Serbes de Bosnie, condamné pour génocide par le TPIY
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Question 1 sur 3
Quelle ville, capitale de la Bosnie-Herzégovine, subit un siège de près de quatre ans à partir de 1992 ?
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de « guerres » au pluriel ?
Les combats ne forment pas un seul conflit : ils se déroulent en Slovénie, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine puis au Kosovo, à des dates et avec des acteurs différents. Ces épisodes sont liés par la même dislocation de la fédération yougoslave.
Pourquoi la chute de Slobodan Milošević est-elle un tournant ?
Milošević, longtemps à la tête de la Serbie, est renversé en octobre 2000 après une élection présidentielle contestée et une forte mobilisation populaire. Il est ensuite transféré devant le Tribunal pénal international de La Haye, qui le poursuit pour crimes.