Époque contemporaine · 1821–1832
Guerre d'indépendance de la Grèce
De 1821 à 1832, les Grecs se soulèvent contre l'Empire ottoman, qui domine leur région depuis plusieurs siècles. En 1822, l'assemblée d'Épidaure proclame l'indépendance, mais la guerre se prolonge, avec des combats très durs de part et d'autre. Après la chute de Missolonghi en 1826 et la bataille de Navarin en 1827, la Russie, le Royaume-Uni et la France obtiennent la reconnaissance d'un royaume grec indépendant en 1832.
- Période
- 1821–1832
- Type de conflit
- Guerre d'indépendance
- Pays concernés (aujourd'hui)
- Grèce, Turquie
- Camps en présence
- Insurgés grecs, avec des volontaires philhellènes venus d'EuropecontreEmpire ottoman, appuyé par son vassal égyptien pendant une partie de la guerre
- Issue
- Indépendance de la Grèce, reconnue en 1832. Le nouveau royaume reste plus petit que la Grèce actuelle.
Les causes
Les Grecs, sujets de l'Empire ottoman depuis plusieurs siècles, gardent une forte identité religieuse et une mémoire de l'Antiquité qui nourrissent leur désir d'indépendance. Les idées nationales venues d'Europe gagnent les élites grecques, tandis que des sociétés secrètes préparent l'insurrection. Le soulèvement éclate en 1821 dans le Péloponnèse, puis gagne rapidement la Grèce centrale et les îles.
Depuis le XVIIIe siècle, le commerce maritime enrichit une bourgeoisie grecque établie à Odessa, à Trieste ou à Vienne, qui finance écoles et imprimeries. Les idées des Lumières, relayées par le savant Adamantios Korais, nourrissent une renaissance culturelle et une conscience nationale. Le traité de Küçük Kaynarca, en 1774, qui met fin à une guerre russo-turque, donne à la Russie un rôle de protectrice des chrétiens orthodoxes de l'Empire ottoman. Dans les provinces, des notables comme Ali Pacha de Ioánnina affaiblissent l'autorité du sultan. En 1821, Alexandre Ypsilántis, officier au service de la Russie, lance une insurrection dans les principautés danubiennes ; vite écrasée, elle précède de peu le soulèvement du Péloponnèse.
Le déroulement
Dès 1822, la répression ottomane fait des massacres, notamment à Chios, où une partie importante de la population est tuée ou réduite en esclavage. Le poète anglais lord Byron, venu soutenir les insurgés, meurt de fièvre à Missolonghi en 1824, ce qui renforce l'enthousiasme européen pour la cause grecque. Assiégée pendant de longs mois, la ville tombe en 1826 ; les insurgés, divisés entre chefs rivaux, peinent alors à résister aux armées ottomanes et égyptiennes.
En 1827, la flotte britannique, française et russe détruit à Navarin la flotte ottomano-égyptienne, ce qui change le rapport de forces. Le premier chef de l'État grec, Ioánnis Kapodístrias, est assassiné en 1831. Le traité de Constantinople, signé en 1832, reconnaît un royaume grec indépendant, dont le trône revient à Othon de Bavière.
En 1822, l'assemblée d'Épidaure adopte une constitution, mais les insurgés se divisent en factions rivales, et une guerre civile les oppose entre 1823 et 1825. Sur mer, les armateurs d'Hydra, de Psara et de Spetsai arment des brûlots, et Konstantínos Kanáris incendie des navires ottomans au large de Chios, en 1822. Le sultan obtient alors l'aide de son vassal égyptien, Méhémet Ali, dont le fils Ibrahim Pacha débarque dans le Péloponnèse en 1825 et y ravage les campagnes et les oliveraies.
Les insurgés obtiennent des prêts à Londres, en 1824 et 1825, qui financent la flotte et l'armée, tandis que des philhellènes européens combattent à leurs côtés. En juillet 1827, le traité de Londres engage la France, le Royaume-Uni et la Russie à imposer un armistice à l'Empire ottoman. Après Navarin, la Russie déclare la guerre à l'Empire ottoman en 1828, et une expédition française s'installe dans le Péloponnèse la même année. Le traité d'Andrinople, en 1829, reconnaît l'autonomie de la Grèce sous suzeraineté ottomane.
Les civils paient le prix élevé de la guerre. Les campagnes sont ravagées, les villages incendiés et les populations déplacées, parfois réduites en esclavage après la prise des places. Les combattants, les klephtes, ces bandes de montagnards issues d'une longue tradition de résistance aux Ottomans, forment l'ossature des armées insurgées, tandis que les marins des îles fournissent la flotte. Les chefs locaux, qui luttent souvent pour leur propre pouvoir, rendent difficile la construction d'un État unifié, et les querelles entre factions se prolongent jusqu'à la fin du conflit.
Les conséquences
La Grèce devient un royaume indépendant, mais son territoire reste limité : la Thessalie et l'Épire restent ottomans. Les grandes puissances, qui ont choisi le roi, gardent une forte influence sur les affaires grecques. L'enthousiasme philhellène laisse une image durable de la Grèce dans l'opinion européenne.
La Grèce devient un royaume indépendant, mais limité au Péloponnèse, à la Grèce centrale et aux îles, ce qui nourrit la « Grande Idée » (Megali Idea), projet nationaliste de réunir tous les Grecs. Le royaume obtient la Thessalie en 1881, puis de nouveaux territoires après les guerres balkaniques de 1912 et 1913. La fête nationale du 25 mars rappelle la date traditionnelle de l'insurrection. Les puissances qui ont imposé Othon continuent de peser sur les finances du pays, jusqu'à la banqueroute de 1893, et les historiens discutent encore de la part de l'idéal philhellène dans les choix européens.
Frise chronologique
- 1821Début du soulèvement grec contre l'Empire ottoman
- 1822L'assemblée d'Épidaure proclame l'indépendance de la Grèce
- 1826Chute de Missolonghi après un long siège
- 1827Bataille de Navarin : la flotte alliée détruit la flotte ottomano-égyptienne
- 1832Traité de Constantinople : la Grèce est reconnue comme royaume indépendant
Personnages clés
- Théodoros Kolokotronis, chef militaire du Péloponnèse pendant le soulèvement
- Lord Byron, poète anglais philhellène, mort à Missolonghi en 1824
- Ioánnis Kapodístrias, premier chef de l'État grec, assassiné en 1831
- Othon de Bavière, premier roi de Grèce, choisi par les puissances européennes
Testez-vous en 3 questions
Question 1 sur 3
Quelle bataille navale de 1827 voit la flotte alliée détruire la flotte ottomano-égyptienne ?
Questions fréquentes
Pourquoi les grandes puissances européennes soutiennent-elles les Grecs ?
L'opinion européenne est émue par les massacres et par les récits de la guerre, et des volontaires philhellènes partent combattre. La Russie, le Royaume-Uni et la France ont aussi leurs propres intérêts face à l'Empire ottoman, si bien qu'elles envoient ensemble une flotte qui détruit la flotte ottomano-égyptienne à Navarin en 1827.
Qui était lord Byron et que vient-il faire en Grèce ?
Lord Byron est un poète anglais de l'époque romantique, qui rejoint la cause grecque et apporte son soutien financier aux insurgés. Il meurt de fièvre à Missolonghi en 1824, et sa disparition renforce l'émotion en Europe.