Époque contemporaine · 1850–1864
Révolte des Taiping
De 1850 à 1864, le mouvement taiping, dirigé par Hong Xiuquan, combat la dynastie Qing dans une grande partie de la Chine du Sud. En 1851, Hong Xiuquan proclame le Royaume céleste de la grande paix, et les Taiping prennent Nankin en 1853 pour en faire leur capitale. Affaiblis par des luttes internes, ils perdent Nankin en 1864, la même année que la mort de leur chef. La guerre fait de très nombreuses victimes, ce qui en fait l'une des plus meurtrières de l'histoire.
- Période
- 1850–1864
- Type de conflit
- Guerre civile
- Pays concernés (aujourd'hui)
- Chine
- Camps en présence
- Taiping, dirigés par Hong Xiuquan, qui veulent renverser la dynastie QingcontreDynastie Qing, qui s'appuie sur des armées régionales et sur l'aide d'officiers étrangers
- Issue
- Victoire de la dynastie Qing, qui reprend le contrôle du pays, mais au prix d'un pays ravagé et affaibli.
Les causes
Au milieu du XIXe siècle, la dynastie Qing est affaiblie par la défaite face aux Britanniques lors des guerres de l'opium, par des crises économiques et par de nombreuses révoltes dans les campagnes. Hong Xiuquan, un lettré originaire du sud de la Chine, échoue plusieurs fois aux examens de la fonction publique. Après des visions religieuses, il se persuade d'être le frère cadet de Jésus et prêche un mélange de christianisme et de traditions chinoises. En 1850, ses partisans prennent les armes dans la province du Guangxi.
Le Guangxi, où naît le mouvement, est une région pauvre, où des migrants hakkas, arrivés plus tard, se disputent les terres et les ressources avec les populations installées de longue date. Ces affrontements poussent les familles à se regrouper en milices et en réseaux d'entraide. La Société du Dieu adorateur, fondée autour de Hong Xiuquan, attire ainsi des paysans pauvres et des familles hakkas, qui voient dans sa doctrine un moyen de se protéger. Le déclencheur est la répression : en 1850, les autorités locales tentent de disperser le groupe, qui se retranche à Jintian, dans le Guangxi.
Le déroulement
En 1851, Hong Xiuquan proclame le Royaume céleste de la grande paix, et ses partisans, recrutant de nombreux paysans, marchent vers le nord. En 1853, les Taiping prennent Nankin, qu'ils font leur capitale, et y imposent une organisation très stricte, avec la séparation des hommes et des femmes et l'interdiction de l'opium. Une expédition envoyée vers le nord échoue cependant à s'emparer de Pékin.
À partir du milieu des années 1850, des luttes internes entre dirigeants taiping affaiblissent le mouvement. Les Qing s'appuient alors sur des armées régionales, dirigées par des lettrés comme Zeng Guofan et Li Hongzhang, et sur des officiers étrangers, dont le Britannique Charles Gordon. En 1864, Hong Xiuquan meurt, et Nankin tombe la même année, reprise par les troupes impériales.
Avant d'atteindre Nankin, l'armée taiping traverse le Hunan et le Hubei, où elle échoue devant Changsha, avant de prendre Wuchang, sur le Yangzi. Elle descend ensuite le fleuve sur des jonques, ce qui lui permet d'avancer vite, avec son matériel et des familles entières. Au fil de la marche, les effectifs grossissent grâce aux recrues des régions traversées, ce qui rend le mouvement plus difficile à arrêter pour les Qing. Les Taiping organisent aussi des unités féminines, et l'armée se distingue par une discipline stricte, des hymnes et des rites communs.
En 1860, les Taiping prennent Suzhou et Hangzhou, et menacent Shanghai, port où les étrangers ont obtenu de larges droits commerciaux. Pour défendre la ville, l'Américain Frederick Townsend Ward forme une petite armée de soldats chinois encadrés par des officiers occidentaux, l'Armée victorieuse, qui combat aux côtés des Qing. Après la mort de Ward en 1862, Charles Gordon en prend la tête en 1863, et l'unité reçoit des armes modernes venues d'Occident. Les puissances étrangères, qui veulent préserver leur commerce, oscillent entre neutralité et soutien aux Qing.
Le pouvoir taiping se déchire en 1856, lors de l'incident de Tianjing : le Roi de l'Est, Yang Xiuqing, qui se disait l'interprète de l'Esprit saint, est tué avec ses proches par des rivaux. Ce massacre détruit la confiance dans la direction du mouvement. Pour la population, la vie sous l'administration taiping est très encadrée : hommes et femmes vivent séparés, repas et travaux sont collectifs, et un texte de 1853 sur le système foncier prévoit un partage égalitaire des terres. Dans les faits, l'application de ces idées reste inégale.
Les conséquences
Les estimations du nombre de morts sont très variables, et se comptent parfois en dizaines de millions. Les régions du bas Yangzi, autour de Nankin, sont ravagées pour longtemps. La dynastie Qing survit encore plusieurs décennies, mais son pouvoir dépend désormais des armées provinciales, qui gagnent en influence. La révolte reste un sujet d'interprétation contrastée dans la Chine d'aujourd'hui.
Dans la Chine d'après 1864, la dynastie Qing et les lettrés lancent le mouvement d'autorenforcement, qui modernise les arsenaux et cherche à imiter les techniques occidentales. Les écrits des lettrés présentent la révolte comme un désordre à éviter, tandis que des missionnaires chrétiens, qui avaient d'abord vu dans Hong un allié, dénoncent une doctrine déviante. Au XXe siècle, le regard change : la République populaire de Chine présente le mouvement comme une révolte paysanne, et Mao Zedong le cite comme un précurseur de la révolution. Des historiens insistent plutôt sur le caractère religieux et autoritaire du régime taiping.
Frise chronologique
- 1851Hong Xiuquan proclame le Royaume céleste de la grande paix
- 1853Les Taiping prennent Nankin et en font leur capitale
- 1864Mort de Hong Xiuquan
- 1864Chute de Nankin, reprise par les troupes impériales
Personnages clés
- Hong Xiuquan, fondateur du mouvement taiping, qui se dit frère cadet de Jésus
- Zeng Guofan, lettré qui dirige une armée régionale contre les Taiping
- Li Hongzhang, chef militaire qui soutient les Qing, puis négocie avec les puissances
- Charles Gordon, officier britannique qui commande une armée au service des Qing
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Question 1 sur 3
Quel mouvement, dirigé par Hong Xiuquan, combat la dynastie Qing entre 1850 et 1864 ?
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Royaume céleste de la grande paix ?
C'est l'État fondé par les Taiping, dirigé par Hong Xiuquan. Il mêle des idées chrétiennes et des traditions chinoises, interdit l'opium et impose une discipline stricte ; sa capitale est Nankin à partir de 1853.
Pourquoi les Qing finissent-ils par l'emporter ?
Ils s'appuient sur des armées régionales, comme celles de Zeng Guofan et de Li Hongzhang, et sur des officiers étrangers. Les divisions internes du camp taiping affaiblissent aussi leur résistance, jusqu'à la chute de Nankin en 1864.