Époque contemporaine · 1839–1860

Guerres de l'opium

De 1839 à 1860, l'Empire chinois des Qing affronte le Royaume-Uni, puis la France, qui veulent développer leur commerce, notamment celui de l'opium indien. Le premier conflit, qui suit la saisie et la destruction de l'opium à Canton, se termine en 1842 par le traité de Nankin : Hong Kong est cédé au Royaume-Uni et cinq ports s'ouvrent au commerce. Un second conflit éclate en 1856 ; en 1860, les troupes franco-britanniques prennent Pékin et une nouvelle convention confirme les concessions faites aux puissances européennes.

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Période
1839–1860
Type de conflit
Guerre entre États
Pays concernés (aujourd'hui)
Chine, Royaume-Uni, France
Camps en présence
Empire des Qing (Chine), qui cherche à interdire l'opiumcontreRoyaume-Uni, puis France, qui défendent le commerce de leurs marchands
Issue
Victoire britannique et française : la Chine ouvre de nouveaux ports, cède Hong Kong et accorde des privilèges aux puissances européennes.

Les causes

Au XIXe siècle, les Britanniques achètent en grande quantité du thé et de la soie chinois, mais vendent peu de produits à la Chine, ce qui creuse un déficit commercial. Pour le combler, ils vendent de l'opium cultivé en Inde, qui se répand en Chine, provoque une forte dépendance et fait sortir de l'argent du pays. L'empereur Daoguang confie à Lin Zexu la lutte contre ce trafic, et en 1839 celui-ci saisit les stocks à Canton.

Les échanges sont déjà encadrés. Le système de Canton réserve le commerce étranger à une seule ville, sous le contrôle de marchands chinois agréés, les cohong. En 1793, la mission de lord Macartney, envoyée par le roi George III, échoue à obtenir une ouverture plus large du commerce. Depuis 1729, la vente d'opium est interdite en Chine, mais elle se fait en contrebande, souvent avec la complicité de fonctionnaires corrompus. La Compagnie anglaise des Indes orientales, qui contrôle la production d'opium au Bengale, en tire de larges profits et veut défendre ce commerce face aux autorités chinoises.

Le déroulement

Lin Zexu fait saisir puis détruire l'opium détenu par les marchands étrangers à Canton, et exige qu'ils cessent le trafic. Le Royaume-Uni envoie une expédition navale : ses bateaux à vapeur bombardent les côtes et prennent plusieurs villes, avant de remonter le Yangzi jusqu'à proximité de Nankin. En 1842, le traité de Nankin met fin à la guerre : la Chine cède Hong Kong, ouvre cinq ports au commerce et verse une forte indemnité.

En 1856, l'incident de l'Arrow, un navire de commerce immatriculé à Hong Kong et arraisonné par les autorités chinoises, sert de prétexte à une nouvelle guerre. Le Royaume-Uni est rejoint par la France, qui veut aussi protéger les missionnaires catholiques. En 1860, les troupes franco-britanniques prennent Pékin ; l'empereur Xianfeng quitte la capitale, et elles incendient le Palais d'été, un vaste ensemble de palais et de jardins impériaux. La Convention de Pékin, signée la même année, confirme les concessions faites aux puissances européennes.

Les premiers combats se déroulent surtout sur la côte, entre 1840 et 1842. Les navires à vapeur britanniques s'emparent de Zhoushan, puis d'Amoy, de Ningbo et de Shanghai. Le négociateur chinois Qishan conclut avec les Britanniques la convention de Chuanbi, en janvier 1841, qui cède Hong Kong, mais Pékin désavoue cet accord. En juillet 1842, la prise de Zhenjiang, au croisement du Yangzi et du Grand Canal, coupe l'acheminement du riz vers la capitale, ce qui pousse la cour à négocier.

En mai 1858, une expédition franco-britannique s'empare des forts de Dagu, à l'entrée du Peiho, et le traité de Tianjin, signé en juin, ouvre de nouveaux ports. Ce traité autorise aussi les missionnaires à voyager dans l'intérieur du pays. L'exécution, en 1856, du missionnaire français Auguste Chapdelaine avait déjà renforcé la décision française d'intervenir. En 1859, une tentative de forcer le passage des forts échoue. En 1860, l'expédition reprend l'offensive, bat les troupes chinoises à Palikao, près de Pékin, et mène à la convention de Pékin.

Le traité de Tianjin légalise aussi l'importation de l'opium, dont le commerce devient licite, moyennant des droits de douane. Les puissances européennes obtiennent le droit de représentation permanente à Pékin, et le gouvernement chinois crée en 1861 le Zongli Yamen, un bureau chargé des affaires étrangères. Après 1860, des responsables chinois, dont Li Hongzhang, défendent un mouvement d'auto-renforcement, qui vise à moderniser l'armée et l'industrie sans remettre en cause le régime. Le trafic d'opium continue malgré tout d'augmenter dans les décennies suivantes.

Les conséquences

La Chine doit accepter l'ouverture de nombreux ports, la présence de concessions étrangères et des privilèges juridiques pour les ressortissants européens. Hong Kong reste aux mains des Britanniques. L'affaiblissement de la dynastie Qing favorise les révoltes intérieures, comme celle des Taiping, et ces guerres ouvrent une longue période de pressions étrangères que l'historiographie chinoise appelle souvent le « siècle d'humiliation ».

Les historiens débattent du caractère de ces guerres : certains y voient un épisode de l'expansion du libre-échange, d'autres une agression contre la souveraineté chinoise. En Chine, Lin Zexu devient une figure nationale, et la destruction de l'opium est souvent commémorée comme un acte de résistance. Hong Kong, cédé en 1842, reste britannique jusqu'en 1997. En 1906, le pouvoir Qing lance lui-même une campagne pour éradiquer la consommation d'opium.

Frise chronologique

  1. 1839Le commissaire impérial Lin Zexu fait détruire l'opium saisi à Canton
  2. 1842Traité de Nankin : Hong Kong est cédé au Royaume-Uni
  3. 1856L'incident de l'Arrow ouvre la seconde guerre de l'opium
  4. 1860Les troupes franco-britanniques prennent Pékin et incendient le Palais d'été
  5. 1860Convention de Pékin qui confirme les concessions faites aux puissances européennes

Personnages clés

  • Lin Zexu, commissaire impérial qui fait détruire l'opium à Canton
  • Charles Elliot, représentant britannique au moment de la première guerre
  • Daoguang, empereur qui ordonne la lutte contre le trafic d'opium
  • Xianfeng, empereur qui quitte Pékin pendant la seconde guerre

Testez-vous en 3 questions

Question 1 sur 3

Dans quelle ville Lin Zexu fait-il détruire l'opium saisi en 1839 ?

Questions fréquentes

Pourquoi l'opium est-il au cœur de ce conflit ?

L'opium, cultivé surtout en Inde britannique, est vendu en contrebande en Chine, où il provoque une forte dépendance et un grave problème social. Les autorités chinoises veulent l'interdire, tandis que les Britanniques y voient un moyen de payer leurs achats de thé.

Qu'est-ce que le traité de Nankin ?

C'est le traité qui met fin à la première guerre de l'opium en 1842. La Chine y cède Hong Kong au Royaume-Uni, ouvre cinq ports au commerce étranger et verse une forte indemnité.