Époque contemporaine · 1980–1988
Guerre Iran-Irak
De 1980 à 1988, l'Irak et l'Iran s'affrontent dans l'un des plus longs conflits conventionnels du XXe siècle. Après une invasion irakienne, la guerre s'enlise en guerre de tranchées, puis en « guerre des villes » et en attaques contre les pétroliers. Un cessez-le-feu, sous l'égide de l'ONU, met fin aux combats en août 1988, sans changement des frontières.
- Période
- 1980–1988
- Type de conflit
- Guerre entre États
- Pays concernés (aujourd'hui)
- Iran, Irak
- Camps en présence
- Irak de Saddam Hussein, soutenu financièrement par plusieurs pays du Golfe et armé notamment par l'URSS et la FrancecontreIran de la République islamique, guidé par Rouhollah Khomeini, soutenu notamment par la Syrie
- Issue
- Pas de changement de frontière : les deux pays reviennent à la situation d'avant-guerre, après des destructions et des pertes considérables.
Les causes
Les deux pays se disputent le Chatt al-Arab, voie d'eau frontalière du golfe Persique, dont le tracé fait l'objet de litiges depuis des décennies. La révolution islamique de 1979 renverse le chah et inquiète Bagdad, dirigé par le parti Baas. Le régime irakien espère profiter de l'affaiblissement de l'Iran après la révolution : il envahit le pays le 22 septembre 1980.
Le contexte est marqué par l'accord d'Alger de 1975, signé par le chah d'Iran et par Saddam Hussein, alors vice-président irakien. Il fixe la frontière au milieu du chenal du Chatt al-Arab, en échange de l'arrêt du soutien iranien aux rebelles kurdes d'Irak. Quand le chah est renversé en 1979, l'Irak, où la population chiite est majoritaire, craint une contagion révolutionnaire venue de Téhéran. Saddam Hussein devient président en juillet 1979 et écarte ses rivaux au sein du parti Baas. Le 17 septembre 1980, Bagdad dénonce officiellement l'accord d'Alger : c'est le déclencheur immédiat de l'invasion, lancée quelques jours plus tard.
Le déroulement
Les troupes irakiennes avancent en Iran en 1980, mais leur offensive s'enlise. En 1982, l'Iran reprend Khorramshahr, port stratégique, puis porte la guerre sur le sol irakien. Le front se fige ensuite en guerre de tranchées, avec des assauts très meurtriers qui rappellent la Première Guerre mondiale.
En 1984, la « guerre des pétroliers » s'étend au golfe Persique : les deux pays attaquent les navires et les installations pétrolières de l'autre, et des pays tiers sont touchés. Entre 1985 et 1988, la « guerre des villes » voit des missiles frapper Bagdad et Téhéran. La résolution 598 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée en 1987, pose les bases d'un cessez-le-feu. L'Iran l'accepte en juillet 1988, et le cessez-le-feu entre en vigueur le 20 août 1988.
L'Irak progresse d'abord en territoire iranien, notamment dans la province pétrolière du Khouzistan, avant que son offensive ne s'arrête. En juin 1982, ses forces se retirent de la plupart des territoires iraniens occupés et Bagdad propose un cessez-le-feu. Téhéran le refuse : l'Iran exige le départ de Saddam Hussein et des réparations, et poursuit l'offensive en Irak. L'Irak fait usage à plusieurs reprises d'armes chimiques contre les troupes iraniennes au cours des années 1980, et des armes chimiques frappent aussi la ville kurde d'Halabja en mars 1988.
Les deux États bénéficient de soutiens extérieurs contrastés. Les monarchies du Golfe, inquiètes de la révolution iranienne, financent largement l'effort de guerre irakien, et la France livre à Bagdad des avions Mirage F1 et des missiles Exocet. L'URSS arme l'Irak, tandis que la Syrie et la Libye soutiennent l'Iran. Les États-Unis rétablissent des relations diplomatiques avec l'Irak en 1984 ; l'affaire Iran-Contra, révélée en 1986, montre aussi qu'ils ont vendu des armes à Téhéran. Côté iranien, la mobilisation repose en partie sur les Basij, milice de volontaires née après la révolution, qui participent aux assauts.
La guerre se joue aussi sur mer. En mai 1987, un missile irakien touche la frégate américaine Stark, qui fait des victimes parmi son équipage. Les États-Unis escortent alors des pétroliers koweïtiens dans le golfe, dans le cadre de l'opération Earnest Will, et des affrontements navals opposent les deux camps. En juillet 1988, un croiseur américain abat par erreur un Airbus civil iranien, le vol 655, au-dessus du détroit d'Ormuz. Khomeini accepte le cessez-le-feu en juillet 1988, décision qu'il compare à une coupe empoisonnée.
Les conséquences
Les deux pays sortent épuisés et endettés, et le cessez-le-feu ne règle pas le fond du contentieux. L'Irak, très endetté après la guerre, envahit le Koweït en 1990. Les pertes humaines et matérielles pèsent durablement sur les deux sociétés.
Le conflit a laissé des traces durables : anciens combattants blessés, villes détruites et économie iranienne affaiblie, qui pèse sur la reconstruction. En Iran, la mémoire officielle désigne la guerre comme une « défense sacrée », et de nombreux monuments commémorent ses combattants. En Irak, le régime de Saddam Hussein tire une partie de sa légitimité de la guerre, mais l'endettement qui en résulte nourrit ensuite le conflit avec le Koweït. Les historiens débattent encore de la responsabilité du déclenchement, de l'effet de l'invasion initiale sur la durée de la guerre, et du rôle des soutiens internationaux.
Frise chronologique
- 1980L'Irak de Saddam Hussein envahit l'Iran
- 1982L'Iran reprend Khorramshahr et porte la guerre en Irak
- 1984La « guerre des pétroliers » s'étend au golfe Persique
- 1988Cessez-le-feu sous l'égide de l'ONU
Personnages clés
- Saddam Hussein, président irakien qui lance l'invasion de l'Iran en 1980
- Rouhollah Khomeini, guide de la révolution islamique iranienne
- Ali Khamenei, président iranien pendant la guerre, futur guide suprême
Testez-vous en 3 questions
Question 1 sur 3
Quel pays envahit l'Iran en septembre 1980 ?
Questions fréquentes
Pourquoi l'Irak a-t-il envahi l'Iran ?
Plusieurs motifs sont avancés : le différend sur le Chatt al-Arab, la rivalité entre deux régimes, la crainte que la révolution islamique ne se propage dans le monde arabe, et l'espoir de profiter de l'affaiblissement iranien. Les historiens en pèsent l'importance relative.
Quelle place tiennent les armes chimiques dans ce conflit ?
Les enquêtes de l'ONU établissent que l'Irak a employé des armes chimiques, notamment contre des soldats iraniens. L'attaque de Halabja, en 1988, contre des civils kurdes, est aussi largement documentée. Ces faits ont été condamnés par la communauté internationale.