Époque contemporaine · 1871
Commune de Paris
En mars 1871, après la défaite face à la Prusse et le siège de Paris, la capitale se soulève contre le gouvernement installé à Versailles. Les Parisiens élisent un conseil, la Commune, qui adopte des mesures démocratiques et laïques. Les troupes versaillaises reprennent la ville en mai 1871, lors de la Semaine sanglante, qui met fin à l'expérience.
- Période
- 1871
- Type de conflit
- Guerre civile
- Pays concernés (aujourd'hui)
- France
- Camps en présence
- Insurgés de la Commune : gardes nationaux fédérés et partisans d'un pouvoir élu à PariscontreGouvernement d'Adolphe Thiers, installé à Versailles, et armée régulière
- Issue
- Victoire du gouvernement de Versailles, qui reprend Paris fin mai 1871. La Troisième République, déjà proclamée en 1870, se consolide ensuite.
Les causes
La défaite de 1870 face à la Prusse et le siège de Paris, de septembre 1870 à janvier 1871, laissent la capitale épuisée par la faim et le froid. Les Parisiens ont tenu longtemps avant l'armistice de fin janvier 1871. Les élections de février donnent une Assemblée nationale à majorité monarchiste et rurale, qui s'installe à Bordeaux puis à Versailles, tandis qu'Adolphe Thiers prend la tête du pouvoir exécutif. Beaucoup de Parisiens se sentent méprisés. Dans la Garde nationale, formée de citoyens armés, beaucoup réclament la république, l'autonomie municipale et la laïcité de l'école.
Le conflit se noue autour des canons de la Garde nationale. Pendant le siège, les Parisiens ont financé par souscription plusieurs pièces d'artillerie, que la Garde a conservées après l'armistice. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, Thiers ordonne à la troupe de les saisir sur les hauteurs de Montmartre et de Belleville. L'opération échoue : les soldats fraternisent avec la foule, puis deux généraux, Claude Lecomte et Clément-Thomas, sont exécutés par des insurgés. Le gouvernement quitte Paris pour Versailles le jour même, et l'insurrection s'installe dans la capitale.
Le déroulement
Le 18 mars, les insurgés occupent les bâtiments publics, et le comité central de la Garde nationale exerce le pouvoir à Paris, pendant que le gouvernement reste à Versailles. Des élections municipales ont lieu le 26 mars, et les Parisiens choisissent un Conseil de la Commune, composé surtout de républicains radicaux, de blanquistes et de membres du mouvement ouvrier. Le conseil s'installe à l'Hôtel de Ville le 28 mars et proclame la Commune. Ses membres votent ensuite la séparation de l'Église et de l'État, la laïcité de l'enseignement et la suppression du travail de nuit des boulangers.
En avril, l'insurrection se transforme en guerre civile. Le 2 avril, des fédérés, c'est-à-dire des gardes nationaux engagés pour la Commune, tentent de marcher sur Versailles, mais ils sont repoussés à Courbevoie. Le gouvernement de Thiers reconstitue son armée avec des soldats libérés des camps allemands, après des négociations avec la Prusse. Les forts du sud de Paris deviennent le théâtre de duels d'artillerie, et les positions se figent autour de la ville. Des deux côtés, les combats font des blessés et des morts, et les habitants des quartiers exposés subissent les tirs.
Le conflit s'endurcit encore. Le 5 avril, la Commune décide d'arrêter des otages, parmi lesquels des religieux, pour faire pression sur Versailles ; l'archevêque de Paris, Georges Darboy, en fait partie. Des tentatives de médiation n'aboutissent pas. Le 16 mai, la colonne Vendôme, symbole de l'Empire, est abattue sur décision de la Commune. Dans Paris, la Commune multiplie les décrets, tandis que la population vit dans la peur des bombardements et que la vie quotidienne se dégrade. Les tirs se poursuivent entre les remparts et les forts, sans que l'un des camps puisse l'emporter.
Le 21 mai, les troupes de Versailles entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud, à l'ouest, et progressent vers le centre. Commence alors la « Semaine sanglante », qui dure jusqu'au 28 mai. Les combats se déroulent de rue en rue, avec des barricades élevées par les insurgés, qui se replient vers l'est de la capitale, dans les quartiers populaires de Belleville et de Ménilmontant. Les deux camps commettent des exécutions sommaires, et la violence des affrontements frappe les civils pris entre les lignes. Le commandement versaillais avance avec méthode, quartier par quartier.
Pendant ces derniers jours, des bâtiments publics brûlent, notamment le palais des Tuileries le 23 mai, puis l'Hôtel de Ville. Le 24 mai, l'archevêque Georges Darboy, déjà otage, est exécuté par des fédérés à la prison de la Roquette. Les derniers combattants se battent au cimetière du Père-Lachaise, où ils sont acculés contre un mur, appelé depuis le « mur des Fédérés ». Le 28 mai, la résistance cesse. La répression se poursuit ensuite par des procès devant les conseils de guerre, des condamnations à mort, des peines de prison et des déportations en Nouvelle-Calédonie.
Les conséquences
La répression laisse un souvenir durable. Des milliers de personnes sont arrêtées, et les conseils de guerre prononcent de nombreuses condamnations, dont certaines à mort. Beaucoup de condamnés sont déportés en Nouvelle-Calédonie, à l'image de Louise Michel. La République, déjà proclamée en 1870, s'installe durablement sous la présidence de Mac-Mahon, qui incarne un « ordre moral ». L'Assemblée vote également la construction de la basilique du Sacré-Cœur sur la butte Montmartre, décidée comme un vœu de réparation. Les décrets de la Commune sont abrogés, et les libertés municipales réclamées par les Parisiens restent longtemps limitées.
La loi d'amnistie de 1880 permet le retour des condamnés. Dans les décennies suivantes, la Commune devient un symbole pour le mouvement ouvrier, tandis que ses adversaires y voient une menace pour l'ordre social. Dès 1871, Karl Marx publie un texte qui en fait un modèle de pouvoir populaire. Les historiens débattent encore de sa nature : révolution sociale, insurrection patriotique ou soulèvement républicain. Ils discutent aussi de la responsabilité des violences de la fin mai, des deux côtés. Certains historiens rappellent aussi que l'expérience n'a duré qu'un peu plus de deux mois.
Frise chronologique
- 187118 mars : tentative de reprise des canons de Montmartre par l'armée, soulèvement des Parisiens
- 187126 mars : élection du Conseil de la Commune
- 1871Avril : début des combats entre les fédérés et l'armée de Versailles
- 187121 mai : les troupes versaillaises entrent dans Paris
- 187121 au 28 mai : la « Semaine sanglante » met fin à la Commune
Personnages clés
- Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif à Versailles, qui ordonne la reprise des canons de Montmartre
- Louise Michel, institutrice et militante, combattante de la Commune, déportée en Nouvelle-Calédonie
- Louis-Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste, emprisonné pendant la Commune
- Patrice de Mac-Mahon, maréchal, chef de l'armée de Versailles qui entre dans Paris, futur président de la République
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Question 1 sur 3
Quel homme d'État, à la tête du pouvoir exécutif à Versailles, ordonne la saisie des canons de Montmartre en mars 1871 ?
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la Commune de Paris ?
C'est l'insurrection parisienne du printemps 1871 et le conseil élu qui dirige la capitale pendant un peu plus de deux mois, du 18 mars au 28 mai. Elle s'oppose au gouvernement installé à Versailles, qui veut reprendre le contrôle de la ville par la force. Elle mêle une révolte contre la défaite et un projet de démocratie locale.
Pourquoi parle-t-on de « Semaine sanglante » ?
Le nom désigne les combats et les exécutions du 21 au 28 mai 1871, lorsque les troupes de Versailles reprennent Paris quartier par quartier. Ces journées restent dans la mémoire comme l'un des épisodes les plus violents de l'histoire de Paris. Elles marquent la fin de la Commune.